La stratégie du choc

J’ai lu l’année dernière un livre de Naomi Klein : « La stratégie du choc », dans lequel elle fait un parallèle assez osé. D’un côté, elle décrit les principes du « Kubark CounterIntelligence Interrogation handbook« . Ce manuel de torture de la CIA explique comment choquer un prisonnier sur tous les plans afin de le faire régresser jusqu’à l’état infantile et de lui arracher ses secrets. De l’autre côté, comment est-ce que des chocs multiples (sociaux, économiques, politiques, …) peuvent amener une population à accepter des réformes majeures qu’elle aurait refusé autrement. Sa thèse est que cette stratégie du choc a été utilisée dans un certains nombres de cas : la Pologne, l’Irak, la Nouvelle Orléans, …

C’est clairement un livre orienté dans la mouvance alter-mondialiste. C’est aussi un livre extrêmement bien documenté ; la documentaliste de Naomi Klein mériterait de figurer en bonne place auprès de l’auteur. Et devant cette montagne de coïncidences, il est difficile de rester insensible. Bien sûr, ses détracteurs pourront toujours rétorquer que la mondialisation a aussi apporté de bonnes choses. Mais cela, elle ne le conteste pas ; ce qu’elle dénonce, c’est l’application aveugle de doctrines néo-libérales. D’autres lui reproche de critiquer sans proposer de solutions. Mais la critique des comportements douteux est un premier pas vers un monde meilleur, et il n’y a probablement pas de solutions simples pour ces problèmes complexes. Néanmoins, en économie, comme en politique d’ailleurs, dès que j’entends des arguments du style « c’est très compliqué vous savez, c’est une affaire de spécialistes … », une grosse lumière rouge s’allume : Achtung ! Petites affaires entre amis ! Passez votre chemin, ne regardez pas, ne vous inquiétez pas… Compliqué ne veut pas dire opaque. Et quand l’opacité sert quelques intérêts, c’est que ce n’était pas si compliqué finalement.

En acceptant sa thèse, je ne crois tout de même pas à la théorie du complot, où quelques individus essayent de gouverner le monde. Je crois par contre largement plus à des associations fortuites de malfaiteurs : les occasions ont fait les larrons. Quand on regarde bien, il est vrai que l’on y retrouve souvent les mêmes… Un début de parano ?

Le livre se lit relativement bien ; il a apparemment été écrit en trois parties. La première partie commence très fort, voire violemment, avec une rétrospective des années Pinochet et présente assez bien la thèse. La deuxième partie est un peu touffue et j’ai eu du mal à suivre le fil conducteur. Heureusement, la troisième partie a raccroché mon attention. Bref, un livre que je recommande, ne serait-ce que pour s'(entre)ouvrir les yeux.

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