juin 2012 archive

Juin 25

Les oiseaux chantent…

Que j’aime ces petits matins d’avril, quand il fait froid, avec un ciel bleu sans nuages. Beaucoup de gens ont fait le pont ; nous ne sommes que deux à marcher vers la station de bus. Paris est calme quand il y peu de voitures. Ce silence est bien agréable. La demoiselle sur la plateforme d’à côté s’agite. Elle a l’air déçue de ne pas trouver son bus et lâche une bordée d’injures : Putain ! Merde ! Enculé !  Fais chier ! Non, mais c’est vrai quoi ! C’est le printemps. Les oiseaux chantent…

Juin 19

No Logo

On fait parfois les choses à l’envers. Je viens de finir le premier livre de Naomi Klein, « No Logo », après avoir lu son second livre, « La stratégie du choc ». Étrangement, on y retrouve les 3 parties, avec un milieu un peu « mou ».

« No Logo » est très bien documenté, comme d’habitude, et donne plein d’exemples qui nous touchent facilement.

C’est un livre qui pousse à la réflexion. Ces dernières décennies se sont bâties sur une société de consommation, soit. Naomi Klein analyse comment les entreprises se sont modifiées : de simple productrices de biens, elles en sont venues à vendre une image. Et c’est là que c’est très fort, car cela permet de :

  • se débarrasser de ses outils de productions, faisant fi de ses responsabilité sociale dans leur pays d’origine
  • mettre en concurrence mortelle des sous-traitants, en tirant les prix toujours plus bas, et en profitant de législations sociales inexistantes, voire en les ignorant, avec la complicité des autorités locales dans certains cas
  • se concentrer sur l’activité à forte marge : l’image de la marque. On ne me vend plus une paire de chaussures de jogging, mais on me fait rentrer dans l’univers des jeunes gens sportifs & cools. Les chaussures sont tout à fait accessoires dans ce qu’on me vend.

Non contentes de nous matraquer de publicité au travers des supports traditionnels, pour arriver à leur fin et gagner toujours plus, les marques sont contraintes à aller chercher les clients où qu’il se trouvent : à l’université, dans la rue, aux toilettes (sic) … Bref, il n’y a plus de sanctuaire. Même — et surtout — les enfants sont des cibles. Ils ne sont pas encore de parfaits consommateurs ; pour cela il va falloir patienter un peu. C’est ce que l’on appelle un investissement. Et qu’est ce que leurs parents ne feraient pas pour eux. Et dans certains cas, l’attente peut-être active : par exemple, la marque au grand M jaune (allez, je vous aide, c’est M comme Malbouffe) qui organise un concours dans les écoles pour l’élaboration par les classes d’un menu enfants. Avec pour récompense quelques centaines de dollars pour la classe qui aura le menu préféré par les enfants. Bien sûr, tout cela est réalisé dans un cadre pédagogique, avec sensibilisation des élèves à la nutritions et tutti quanti. Quelle perversité de réussir à faire travailler quasi gratuitement ses propres clients à la conception du produit de leur rêves ! M pourra bientôt se passer de ses marketeurs.

Alors que faire ? Prendre conscience des rouages de la machine est un premier pas. Essayer de consommer éthiquement, raisonnablement et localement en est un second. Lutter contre l’invasion de la publicité et avoir des espaces et des temps vierges de pub’ sera un troisième pas. Des tout petits pas à l’échelle individuelle, mais des pas qui comptent. Et enfin, se souvenir que la force des marques est aussi leur faiblesse : une image de marque est très fragile, et que le moindre de leurs faux pas peut, voire doit être exploité.

Juin 13

Coccote minute

Ce matin, c’est la pagaille. Un train a été annulé, donc le suivant est plein à craquer. J’ai bien cru que je ne réussirai pas à le prendre. Heureusement, le conducteur est assez brutal : cela permet de tasser le bétail dans les wagons. Et suivant les arrêts, le quai est à gauche ou à droite, ce qui permet de caser une personne ou deux de plus à chaque fois. Les gens ont l’air résignés, bien que la promiscuité soit presque génante. Aujourd’hui, j’ai de la chance, je suis collé contre une jolie femme; pendant près d’une dizaine de minute, je peux détailler son maquillage, ses imperfections, … Nos souffles se croisent. Pas un mot. Chacun fait comme si de rien n’était. Même dans un couple, on ne peut pas rester comme ça. Et lui, un peu plus loin, où va-t-il avec son beau costume sombre ? Il a l’air calme et pensif. Quelques arrêts passent. Toujours aussi serrés. Tiens, il commence à avoir des tics au niveau des yeux. Et il ne descend pas là. Le temps passe.  Les tics se propagent maintenant à la bouche. Le conducteur ne se rend vraiment pas compte qu’il transporte des personnes, nous sommes vraiment ballottés par les accélérations et freinages incessants. Le terminus n’est plus très loin. Heureusement, car c’est maintenant toute sa tête qui est prise de tics. Il n’aurait probablement pas supporté 10 minutes de plus. Que ce serait-il passé si nous étions restés bloqués ? On ne sait vraiment pas avec qui on voyage tous les jours …

Juin 12

La stratégie du choc

J’ai lu l’année dernière un livre de Naomi Klein : « La stratégie du choc », dans lequel elle fait un parallèle assez osé. D’un côté, elle décrit les principes du « Kubark CounterIntelligence Interrogation handbook« . Ce manuel de torture de la CIA explique comment choquer un prisonnier sur tous les plans afin de le faire régresser jusqu’à l’état infantile et de lui arracher ses secrets. De l’autre côté, comment est-ce que des chocs multiples (sociaux, économiques, politiques, …) peuvent amener une population à accepter des réformes majeures qu’elle aurait refusé autrement. Sa thèse est que cette stratégie du choc a été utilisée dans un certains nombres de cas : la Pologne, l’Irak, la Nouvelle Orléans, …

C’est clairement un livre orienté dans la mouvance alter-mondialiste. C’est aussi un livre extrêmement bien documenté ; la documentaliste de Naomi Klein mériterait de figurer en bonne place auprès de l’auteur. Et devant cette montagne de coïncidences, il est difficile de rester insensible. Bien sûr, ses détracteurs pourront toujours rétorquer que la mondialisation a aussi apporté de bonnes choses. Mais cela, elle ne le conteste pas ; ce qu’elle dénonce, c’est l’application aveugle de doctrines néo-libérales. D’autres lui reproche de critiquer sans proposer de solutions. Mais la critique des comportements douteux est un premier pas vers un monde meilleur, et il n’y a probablement pas de solutions simples pour ces problèmes complexes. Néanmoins, en économie, comme en politique d’ailleurs, dès que j’entends des arguments du style « c’est très compliqué vous savez, c’est une affaire de spécialistes … », une grosse lumière rouge s’allume : Achtung ! Petites affaires entre amis ! Passez votre chemin, ne regardez pas, ne vous inquiétez pas… Compliqué ne veut pas dire opaque. Et quand l’opacité sert quelques intérêts, c’est que ce n’était pas si compliqué finalement.

En acceptant sa thèse, je ne crois tout de même pas à la théorie du complot, où quelques individus essayent de gouverner le monde. Je crois par contre largement plus à des associations fortuites de malfaiteurs : les occasions ont fait les larrons. Quand on regarde bien, il est vrai que l’on y retrouve souvent les mêmes… Un début de parano ?

Le livre se lit relativement bien ; il a apparemment été écrit en trois parties. La première partie commence très fort, voire violemment, avec une rétrospective des années Pinochet et présente assez bien la thèse. La deuxième partie est un peu touffue et j’ai eu du mal à suivre le fil conducteur. Heureusement, la troisième partie a raccroché mon attention. Bref, un livre que je recommande, ne serait-ce que pour s'(entre)ouvrir les yeux.