Category: Lecture

Juin 19

No Logo

On fait parfois les choses à l’envers. Je viens de finir le premier livre de Naomi Klein, « No Logo », après avoir lu son second livre, « La stratégie du choc ». Étrangement, on y retrouve les 3 parties, avec un milieu un peu « mou ».

« No Logo » est très bien documenté, comme d’habitude, et donne plein d’exemples qui nous touchent facilement.

C’est un livre qui pousse à la réflexion. Ces dernières décennies se sont bâties sur une société de consommation, soit. Naomi Klein analyse comment les entreprises se sont modifiées : de simple productrices de biens, elles en sont venues à vendre une image. Et c’est là que c’est très fort, car cela permet de :

  • se débarrasser de ses outils de productions, faisant fi de ses responsabilité sociale dans leur pays d’origine
  • mettre en concurrence mortelle des sous-traitants, en tirant les prix toujours plus bas, et en profitant de législations sociales inexistantes, voire en les ignorant, avec la complicité des autorités locales dans certains cas
  • se concentrer sur l’activité à forte marge : l’image de la marque. On ne me vend plus une paire de chaussures de jogging, mais on me fait rentrer dans l’univers des jeunes gens sportifs & cools. Les chaussures sont tout à fait accessoires dans ce qu’on me vend.

Non contentes de nous matraquer de publicité au travers des supports traditionnels, pour arriver à leur fin et gagner toujours plus, les marques sont contraintes à aller chercher les clients où qu’il se trouvent : à l’université, dans la rue, aux toilettes (sic) … Bref, il n’y a plus de sanctuaire. Même — et surtout — les enfants sont des cibles. Ils ne sont pas encore de parfaits consommateurs ; pour cela il va falloir patienter un peu. C’est ce que l’on appelle un investissement. Et qu’est ce que leurs parents ne feraient pas pour eux. Et dans certains cas, l’attente peut-être active : par exemple, la marque au grand M jaune (allez, je vous aide, c’est M comme Malbouffe) qui organise un concours dans les écoles pour l’élaboration par les classes d’un menu enfants. Avec pour récompense quelques centaines de dollars pour la classe qui aura le menu préféré par les enfants. Bien sûr, tout cela est réalisé dans un cadre pédagogique, avec sensibilisation des élèves à la nutritions et tutti quanti. Quelle perversité de réussir à faire travailler quasi gratuitement ses propres clients à la conception du produit de leur rêves ! M pourra bientôt se passer de ses marketeurs.

Alors que faire ? Prendre conscience des rouages de la machine est un premier pas. Essayer de consommer éthiquement, raisonnablement et localement en est un second. Lutter contre l’invasion de la publicité et avoir des espaces et des temps vierges de pub’ sera un troisième pas. Des tout petits pas à l’échelle individuelle, mais des pas qui comptent. Et enfin, se souvenir que la force des marques est aussi leur faiblesse : une image de marque est très fragile, et que le moindre de leurs faux pas peut, voire doit être exploité.

Juin 12

La stratégie du choc

J’ai lu l’année dernière un livre de Naomi Klein : « La stratégie du choc », dans lequel elle fait un parallèle assez osé. D’un côté, elle décrit les principes du « Kubark CounterIntelligence Interrogation handbook« . Ce manuel de torture de la CIA explique comment choquer un prisonnier sur tous les plans afin de le faire régresser jusqu’à l’état infantile et de lui arracher ses secrets. De l’autre côté, comment est-ce que des chocs multiples (sociaux, économiques, politiques, …) peuvent amener une population à accepter des réformes majeures qu’elle aurait refusé autrement. Sa thèse est que cette stratégie du choc a été utilisée dans un certains nombres de cas : la Pologne, l’Irak, la Nouvelle Orléans, …

C’est clairement un livre orienté dans la mouvance alter-mondialiste. C’est aussi un livre extrêmement bien documenté ; la documentaliste de Naomi Klein mériterait de figurer en bonne place auprès de l’auteur. Et devant cette montagne de coïncidences, il est difficile de rester insensible. Bien sûr, ses détracteurs pourront toujours rétorquer que la mondialisation a aussi apporté de bonnes choses. Mais cela, elle ne le conteste pas ; ce qu’elle dénonce, c’est l’application aveugle de doctrines néo-libérales. D’autres lui reproche de critiquer sans proposer de solutions. Mais la critique des comportements douteux est un premier pas vers un monde meilleur, et il n’y a probablement pas de solutions simples pour ces problèmes complexes. Néanmoins, en économie, comme en politique d’ailleurs, dès que j’entends des arguments du style « c’est très compliqué vous savez, c’est une affaire de spécialistes … », une grosse lumière rouge s’allume : Achtung ! Petites affaires entre amis ! Passez votre chemin, ne regardez pas, ne vous inquiétez pas… Compliqué ne veut pas dire opaque. Et quand l’opacité sert quelques intérêts, c’est que ce n’était pas si compliqué finalement.

En acceptant sa thèse, je ne crois tout de même pas à la théorie du complot, où quelques individus essayent de gouverner le monde. Je crois par contre largement plus à des associations fortuites de malfaiteurs : les occasions ont fait les larrons. Quand on regarde bien, il est vrai que l’on y retrouve souvent les mêmes… Un début de parano ?

Le livre se lit relativement bien ; il a apparemment été écrit en trois parties. La première partie commence très fort, voire violemment, avec une rétrospective des années Pinochet et présente assez bien la thèse. La deuxième partie est un peu touffue et j’ai eu du mal à suivre le fil conducteur. Heureusement, la troisième partie a raccroché mon attention. Bref, un livre que je recommande, ne serait-ce que pour s'(entre)ouvrir les yeux.

Mar 28

Le parfum d’Adam

Un autre livre, mais offert à Anne cette fois-ci. C’est un roman d’aventure / thriller, mettant en scène les investigations d’une agence de renseignements privée « Providence » qui tente de déjouer les plans d’une organisation d’écologistes extrémistes qui souhaite protéger la planéte. Ces extrémistes estiment que la surpopulation du tiers monde est un risque majeur pour la planète. Partisans de la décroissance démographique, ils décident de lutter contre cette surpopulation…

Bien sûr, ce n’est qu’une fiction. Ou du moins, on aimerait que cela n’en soit qu’une. Mais, quand dans la postface Jean-Christophe Rufin cite ses sources, on ne peut qu’être stupéfait, voire attéré.

Par exemple : « Une mortalité humaine massive serait une bonne chose. Il est de notre devoir de la provoquer. C’est le devoir de notre espèce, vis-à-vis de notre milieu, d’éliminer 90% de nos effectifs » [William Aiken, Earthbound : Essays in Environmental Ethics, Random House, 1984].

Et Jean-Christophe Rufin de noter : « Pour des lecteurs français, ce type de déclaration ne peut-être que le fait d’extrémistes minoritaires et irresponsables. L’écologie, dans notre pays, emporte la sympathie de nombreuses personnes sincères qui ne partagent en rien de telles idées. Chez nous, l’écologie « courante » prend le visage débonnaire de mouvements politiques ayant pignon sur rue, traversés de querelles bon enfant et préoccupés, lorsqu’ils ont une once de pouvoir, d’améliorer la circulation des vélos ou le recyclage des déchets. Même les actions spectaculaires de Greepeace ou des faucheurs d’OGM sont vues comme des mises en scène inoffensives. Du coup, on en oublie le visage que peut prendre l’écologie dans d’autres pays, aux Etats-Unis ou en Angleterre par exemple. Le terrorisme écologique est pourtant pris très au sérieux par les services de sécurité de ces états. Le FBI a été jusqu’à considérer que l’écoterrorisme constituait la deuxième menace aux Etats-Unis, derrière le fondamentalisme islamique[…] Il reste que l’existence d’une écologie violente est incontestable. Elle s’ancre dans une reflexion théorique largement ignorée en France. »

Bien que ce ne soit qu’un roman, une petite recherche montre qu’il ne laisse pas tout le monde indifférent. La virulence de certaines réactions me surprend même. Un excellent thriller donc, mais aussi un éclairage différent sur l’écologie…

Mar 25

La malediction d’Edgar

C’est un roman en livre de poche de Marc Dugain,  qui m’a été offert par maman pour mon anniversaire.

Il fait revivre, en se basant sur des documents plus ou moins historiques, John Edgar Hoover, qui fut patron du FBI pendant 48 ans ! Il aura vu passer 8 présidents.  Après son passage, un mandat de 10 ans sera créé pour ce poste… On comprend mieux quand on reprend le contexte historique.

En 1908, sous la présidence de  Theodore Roosevelt, le « Bureau Of Investigations » (BOI), est créé  pour faire appliquer la loi entre les états et lutter contre le crime organisé. Hoover en prend la direction en 1924, et le BOI devient le FBI en 1935. C’est aussi à cette période que le FBI prend un visage plus politique : politique internationale avec la chasse aux sorcières communistes, mais aussi politique domestique, avec la constitution de « dossiers » sur des personnes en vue, le tout à des fins électorales… Sans compter les liens avec la mafia.

Tous les personnages historiques (JFK, Martin Luther King, …) sont décrits par leur côté obscur. Je ne sais pas dans quelle mesure ces détails sont exacts, mais si c’est une déformation, elle permet néamoins de voir tout cela à travers le prisme de Hoover, dont le rôle était justement de chercher les défauts…